Macron en Algérie : une visite officielle solidement ancrée dans la Ve République

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Excepté Charles de Gaulle et Georges Pompidou, tous les présidents de la Ve République se sont pliés à l’exercice, avec des fortunes diverses.

Emmanuel Macron débute son second quinquennat comme il avait terminé le premier : en démontrant qu’il veut faire de la réconciliation historique avec l’Algérie l’un des chevaux de bataille de sa présidence. Quatre mois à peine après sa réélection, le chef de l’État a entamé jeudi à Alger une visite officielle, invité par le président Abdelmadjid Tebboune. «Ce déplacement contribuera à approfondir la relation bilatérale tournée vers l’avenir au bénéfice des populations des deux pays, à renforcer la coopération franco-algérienne face aux enjeux régionaux et à poursuivre le travail d’apaisement des mémoires», a fait savoir l’Élysée.

En décembre 2017, Emmanuel Macron avait déjà fait de l’Algérie son premier voyage officiel hors de l’Europe. Il débutait alors un quinquennat qu’il désirait plus que tout placer sous le signe de la mémoire. Avant lui, chaque président de la Ve République, hormis Charles de Gaulle et Georges Pompidou, s’est rendu en Algérie. Avec des fortunes diverses.

Avril 1975 : Giscard à Alger, une première depuis l’indépendance

L’Algérie est indépendante depuis 1962, mais quand Valéry Giscard d’Estaing est élu président de la République en 1974, personne n’a encore osé y retourner officiellement. Si le général de Gaulle était fermement décidé à nouer avec l’Algérie un exemple de coopération postcoloniale, au lendemain des accords d’Evian, la sortie du conflit s’était avérée difficile. Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères, avait bien été reçu en France par Pompidou en 1973, mais il faudra attendre 1975 pour qu’un président français remette les pieds en Algérie.

La population algérienne se presse pour accueillir Valéry Giscard d’Estaing, le 12 avril 1975. GABRIEL DUVAL, Jean-Pierre PREVEL / AFP

Pour la première fois depuis l’été 1962, les drapeaux français flottent donc au-dessus des grandes artères d’Alger, début avril 1975. «La France historique salue l’Algérie indépendante», lance Valéry Giscard d’Estaing dès son arrivée. Son homologue algérien, Houari Boumediene, qualifie cette visite de trois jours d’«événement extraordinaire». Les discussions y tournent surtout autour de l’amélioration des relations économiques.

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Mais ce déplacement de «VGE» reste une «grande interrogation» pour l’historien spécialiste de l’Algérie Jean-Jacques Jordi. «En 1975, on est en pleine crise pétrolière, et l’Algérie contribue largement au surenchérissement du prix du baril du pétrole, rappelle-t-il. Est-ce une dernière volonté ‘colonialiste’ de la France, pour demander à l’Algérie de se calmer au niveau des prix ?».

Novembre 1981 : ancien opposant à l’indépendance, Mitterrand prône la «confiance»

Ministre de l’Intérieur puis de la Justice pendant la guerre d’Algérie, François Mitterrand était opposé à l’indépendance. Mais quand il est élu président de la République en 1981, il se rend en Algérie dès les premiers mois de son mandat, désireux que les deux pays soient «capables de surmonter et de dépasser les déchirements du passé», comme il l’affirmera à Alger, lors d’une visite officielle en novembre. Le président socialiste estime également que la France et l’Algérie «peuvent désormais fonder leur rapprochement et leur amitié sur une donnée nouvelle : la confiance». Un véritable changement de cap et d’orientation pour Mitterrand, qui s’inscrit dans cette nouvelle gauche qui se veut «ouverte, mondialiste», analyse Jean-Jacques Jordi.

François Mitterrand et le président algérien Bendjedid Chadli saluent la foule, le 1er décembre 1981, à Alger. JOEL ROBINE / AFP

Quelques mois plus tard, Mitterrand acceptera de signer un accord gazier très avantageux pour l’Algérie : la France s’engageait alors à acheter le gaz algérien à un prix 25% supérieur au cours mondial, ce qui fait bondir les experts. De fait, les autorités algériennes, qui considéraient peut-être ce «surcoût gazier» comme une sorte de réparation additionnelle des dommages de la guerre d’Algérie, ne jouèrent pas le jeu en n’accordant pas la préférence aux entreprises françaises.

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Cet engagement ressemblait à «une façon de tendre la main et d’indemniser l’Algérie pour la guerre et la colonisation», traduit l’historien. Pourtant, c’est à cette époque que ressurgissent l’affaire Maurice Audin et les accusations contre la France. Et François Mitterrand ne reviendra en Algérie qu’en mars 1989, mais prendra surtout ses distances après la sanglante répression des émeutes de 1988.

Mars 2003 : Chirac, une visite d’Etat pour un «partenariat d’exception»

Deux ans après une première visite éclair en 2001, Jacques Chirac revient en grande pompe en Algérie, à l’occasion d’une visite d’État, la plus élevée dans l’ordre protocolaire. Le président français et son homologue Abdelaziz Bouteflika enchaînent les bains de foules et les parades en décapotables. Jacques Chirac multiplie les gestes symboliques – il dépose notamment une gerbe au monument des martyrs algériens.

Abdelaziz Bouteflika accueille Jacques Chirac à son arrivée à l’aéroport d’Alger, le 2 mars 2003. PATRICK KOVARIK / AFP

Tout paraît aller si bien que les deux chefs d’État signent la «Déclaration d’Alger», qui prévoit l’instauration d’un Traité d’amitié pour un renforcement politique, économique et culturel entre la France et l’Algérie. Un «partenariat d’exception», comme le définit le président français. «À cette époque déjà, Jacques Chirac se rend compte que les rapports entre les deux pays ne sont pas très sains. C’est réellement le début de la main tendue par les présidents français à leurs homologues algériens», estime Jean-Jacques Jordi.

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Seulement, ce traité se heurte à une loi, adoptée en 2005 par l’Assemblée nationale, «portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés»Le texte contient une mention du «rôle positif» de la colonisation. Si cet article finit par être abrogé, le mal est fait. Le traité ne sera jamais signé et «le fossé se creuse sur les problèmes d’histoire et de mémoire», souligne l’historien. L’Algérie ne fera plus un pas en avant et la reconnaissance de la colonisation comme «crime contre l’humanité» ou l’exigence du «pardon» de la France deviennent non négociables.

Décembre 2007 : Sarkozy condamne mais ne s’excuse pas

Les relations franco-algériennes ne vont pas se réchauffer sous Nicolas Sarkozy. De fait, pendant la campagne 2007, le candidat UMP enverra surtout des signes aux harkis, proposant de reconnaître la responsabilité de la France dans leur abandon et refusant la «repentance». Pourtant, il se rend en Algérie pour son premier déplacement hors Europe, en juillet 2007. Puis y retourne en décembre de la même année. S’il y dénonce le système colonial, il refuse de s’excuser au nom de la France, ce que la presse lui reprochera alors.

Nicolas Sarkozy et Abdelaziz Bouteflika à Alger, le 4 décembre 2007. ERIC FEFERBERG / AFP

Les relations entre la France et l’Algérie vont finir par franchement se ternir, quand un ministre algérien affirmera, quelques jours avant la seconde venue du président, que ce dernier devait son élection au «lobby juif» et quand la France tentera d’inscrire l’Algérie sur la liste des pays «à risques» concernant l’immigration. Pourtant, Nicolas Sarkozy a bien tenté de relancer le Traité d’amitié de son prédécesseur. Sans succès : «à partir de 2005, l’Algérie joue la carte de l’intransigeance, qu’elle avait déjà abattue lors des négociations pour l’indépendance. Elle pense, là encore, que cette position la fera gagner», résume Jean-Jacques Jordi.

Décembre 2012 : Hollande, et le souhait d’ouvrir une nouvelle page

Premier président socialiste depuis François Mitterrand, François Hollande entretient un rapport particulier avec l’Algérie, puisqu’il y a effectué un stage à sa sortie de l’ENA, en 1978. En 2008, il s’y est rendu officiellement en temps que premier secrétaire du PS, en profitant pour «condamner le système colonial, qui n’a pas de caractère positif». Quand il fut élu président, «l’Algérie croyait beaucoup en Hollande, se souvient Jean-Jacques Jordi. Un deuxième président de gauche, cela pourrait aller plus loin».

François Hollande et Abdelaziz Bouteflika fendent la foule à Alger, le 19 décembre 2012. PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

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En amont de sa première visite présidentielle, François Hollande dépêche cinq ministres à Alger, pour préparer le terrain. En décembre 2012, devant un Parlement algérien conquis, il reconnaît «les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien». «Il m’appartenait, c’était le moment, d’ouvrir une nouvelle page, je l’ai fait, d’avoir un nouvel âge dans la relation entre la France et l’Algérie», se félicite-t-il. Mais, pas plus que ces prédécesseurs, François Hollande ne s’excusera au nom de la France ou ne fera acte de repentance.

Décembre 2017 : Macron lance un quinquennat placé sous le signe de la mémoire

Reste Emmanuel Macron, dernier président en date à s’être rendu en Algérie. Sa première visite date de février 2017. Alors simple candidat, le futur président y déclarera que la colonisation fut «un crime contre l’humanité». Un motif d’espoir pour les Algériens. Mais sa visite en tant que président, en décembre 2017, fut une mascarade. Le chef d’État n’a rencontré son homologue, Abdelaziz Bouteflika, déjà très affaibli, que quelques minutes. Les services du protocole ont même proposé du thé à toute la délégation française pour prolonger artificiellement le rendez-vous et faire illusion, comme le rapportait récemment L’Express .

Emmanuel Macron et Abdelaziz Bouteflika le 6 décembre 2017. Dmitry Astakhov / APS / AFP

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Sur place, le jeune président n’avait pourtant pas gaspillé son temps, déposant, comme Jacques Chirac et François Hollande avant lui, une gerbe de fleurs au Mémorial du Martyr d’Alger, érigé en mémoire des chahids de la guerre d’indépendance algérienne. Une attitude avant tout «politique et diplomatique», observe Jean-Jacques Jordi, puisqu’Emmanuel Macron ne cessera par la suite de souffler le chaud et le froid sur la question des mémoires. En septembre 2021, le chef de l’État déclarera même que «la nation algérienne s’est construite sur une rente mémorielle». Une façon de contrebalancer ces déplacements à Alger.

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